L’écopsychologie et l’écothérapie : ressemblances et différences
L’écopsychologie explore les racines de notre séparation avec la nature et propose des pratiques concrètes, souvent en plein air, dans l’objectif de réveiller notre lien à la Terre et au vivant. L’écothérapie propose des pratiques en extérieur, dans le but de nous aider à écouter notre vie intérieure, pour nous reconnecter à nous-même.


Définition de l’écopsychologie : un vaste domaine

L’écopsychologie et l’écothérapie sont deux approches étroitement liées, invitant à reconsidérer notre lien au vivant. Les deux termes sont parfois utilisés de manière interchangeable, mais ils désignent en réalité des champs distincts.
Dans cette page, je vous propose de clarifier ces notions, d’en explorer les fondements et les nuances, et de partager ma vision, en tant que formatrice en écothérapie, de ce que ces approches peuvent apporter à chacun(e), à notre époque.

L’apparition du mot écopsychologie pour combler un manque
Le mot apparaît pour la première fois en 1992. Il est utilisé par l’écrivain et historien américain Theodore Roszak dans son ouvrage The Voice of the Earth : an exploration of ecopsychology.
La création de ce terme à l’époque résulte de la conséquence d’un constat mais aussi d’un manque :
- Il existe des sciences de l’écologie mais elles ne se concentrent que sur les solutions techniques sans remettre en question la nature destructrice de l’homme. Elles omettent l’importance du changement de comportement de l’être humain.
- Les sciences humaines, quant à elles, impliquent le rapport de soi à soi ou aux autres mais elles excluent l’impact de la dégradation de l’environnement sur la santé mentale.
L’écopsychologie est la passerelle qui permet de comprendre les relations que la psyché entretient avec la nature ou le vivant en général.



La spécification du terme écopsychologie : une nécessité pour la nature et l’humain
Plus près de nous en 2017, Michel Maxime Egger publie l’ouvrage Ecopsychologie – Retrouver notre lien avec la Terre, dans lequel il donne à connaître les développements des écopsychologues anglo-saxons. Il résume le terme écopsychologie en trois grands éléments :

L’existence d’un lien ancré au plus profond de notre être entre les humains et la nature : la santé des humains est indissociable de celle de la nature.

Les conséquences désastreuses pour la Terre et l’être humain de l’oubli, l’ignorance ou la destruction de ce lien.

L’importance vitale de la restauration de ce lien entre humains et nature pour guérir la Terre et soigner les humains.
Ainsi, l’écopsychologie s’inscrit dans une logique de changement où la nature redeviendrait le centre de nos préoccupations, loin d’une société productiviste et consumériste qui détruit la biosphère. L’écopsychologie va au-delà de la protection du milieu naturel et prône la transformation du milieu culturel qui détermine nos relations avec la nature.

L’écopsychologie : un domaine questionnant la relation Homme-Nature
Cette page n’est pas dédiée à définir précisément l’écopsychologie, un champ de recherche très vaste. Néanmoins, j’ai animé, avec ma collègue Charlotte Schwartz, une visioconférence dans laquelle on met aussi l’accent sur la place de l’écothérapie dans l’écopsychologie.
Pour aller plus loin, je vous conseille vivement de vous rendre sur le site très complet de Marie Romanens et de Patrick Guérin et/ou de lire leurs livres Pour une écologie intérieure, Renouer avec le sauvage et L’écopsychologie. Comment renouer avec la nature pour agir autrement.

L’écothérapie et l’écopsychothérapie : des sous-branches de l’écopsychologie
À mon sens, l’écothérapie et l’écopsychothérapie font partie de l’écopsychologie, qui est donc un domaine beaucoup plus large et englobant.

Une mise en lumière du lien entre sciences de l’écologie et sciences humaines
Ce qui m’intéresse surtout dans mon travail de formatrice en écothérapie, c’est de vous faire prendre conscience du lien entre les sciences de l’écologie et les sciences humaines, ou plus concrètement, entre le développement durable et le développement personnel.
Arkan Lushwala résume d’une façon très simple et concrète le postulat qu’on ne peut pas prendre soin de la nature si l’humain est “déséquilibré”.
Quand on lui pose la question “quelles actions peut-on réaliser pour sauver la nature et la Terre ?”, il répond :
La question « que pouvons-nous faire » est la seconde question. La première est « Que pouvons-nous être ? », car ce que vous pouvez faire est la conséquence de qui vous êtes. Découvrez ce que vous pouvez être. […] L’action doit naître à l’intérieur de nous, à l’endroit où nous possédons un talent, une intelligence, un pouvoir et une réelle connexion à la sagesse universelle. (source : en anglais dans la vidéo)
En d’autres termes, pour réaliser de bonnes actions dans le cadre du développement durable, il faut être cohérent avec ce qui nous anime profondément.
Mais ne vit-on pas dans une société où nous sommes déconnectés de ce qui est vraiment important pour nous ?



Une rupture entre le moi profond et le moi sociétal
Les dépressions, le burn-out, la sensation de ne pas trouver sa place, la prise d’année sabbatique… Ce sont autant de signes qui montrent la rupture entre ce que la société exige de nous et ce dont notre moi profond a réellement besoin pour se sentir bien.
On cherche alors à fuir en faisant des activités qui cherchent à nous réconforter, à nous distraire (voyager, consommer des contenus numériques, rénover son intérieur, consommer et même surconsommer des biens matériels…). Malheureusement, ce sont des activités qui ont une empreinte écologique significative.
L’écothérapie et l’écopsychothérapie, inspirées par la nature et basées sur les lois du vivant, nous permettent de mieux comprendre ce qui nous rend unique et ce qui nous nourrit, nourrit nos dons, nos capacités, nos valeurs pour retrouver cet équilibre et nous reconnecter à l’essentiel.
Bien entendu, l’écopsychothérapie est centrée sur la personne. Il n’y a pas de démarche d’activisme ni de développement durable. Mais en même temps, l’équilibre psychologique qu’on retrouve grâce à la nature nous permet de créer un autre lien avec la nature, un lien plus profond, dans le respect, la gratitude et l’interconnexion. L’émerveillement et l’envie de respecter le vivant et la nature sont donc la conséquence de cette connexion.
Point définition : écothérapie ou écopsychothérapie ?
Personnellement, j’utilise indifféremment les termes écothérapie et écopsychothérapie. Néanmoins, il existe une différence.

L’écothérapie
L’écothérapie désigne les pratiques potentiellement thérapeutiques ou bienfaisantes vécues au contact de la nature (équithérapie, communication animale, sylvothérapie, hortithérapie…). Elle est souvent orientée vers le développement personnel, le bien-être ou encore la gestion du stress dans la nature, mais aussi vers les dysfonctionnements somatiques ou psychiques plutôt que dans le traitement de troubles mentaux graves.

L’écopsychothérapie
L’écopsychothérapie désigne la pratique de la psychothérapie en nature, traitant des troubles psychologiques, émotionnels ou comportementaux (dépression, anxiété, traumatisme, trouble de la personnalité…). Cette définition est réglementée et strictement réservée aux psychologues, psychiatres ou médecins ayant un diplôme en psychothérapie.
Les deux vont inclure l’interdépendance entre l’humain et la nature, qui devient un médiateur ou un co-thérapeute.

Bibliographie
Marie Romanens & Patrick Guérin, Pour une écologie intérieure, Renouer avec le sauvage, 2ème édition, Le Souffle d’Or, 2017.
Marie Romanens & Patrick Guérin, L’écopsychologie. Comment renouer avec la nature pour agir autrement, Editions du Dauphin, 2021.
